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L’ « Orchestre Septentrional » est la plus ancienne de toutes les formations musicales encore en exercice, en Haïti : au long de ses 55 ans d’existence, avec plus de 300 titres enregistrés, il a été le témoin de l’évolution de la musique populaire urbaine haïtienne.

L’ « Orchestre Septentrional » est né dans le Nord du pays, au Cap Haïtien, en juillet 1948, de la fusion occasionnelle du « Quatuor Septentrional » et du « Trio Symphonia ». Les sept musiciens, auxquels se joignent deux invités, se réunissent d’abord pour animer un bal et gagner quelques gourdes supplémentaires ; puis, face à la demande, ils décident de continuer l’expérience. Ils se structurent aussitôt en association, dirigée par un comité directeur, ce qui est peut-être un des secrets de leur stabilité dans le temps. A cette époque, la plupart des musiciens n’étaient pas professionnels et trouvaient dans la musique, en plus d’une satisfaction personnelle, une source de revenus supplémentaires. Toutefois, leurs conditions de vie et leurs occupations multiples compliquaient d’autant leur travail au sein des groupes. L’association de l’« Orchestre Septentrional » entreprend donc de lutter contre la précarité de la vie artistique. Au fil du temps, elle se cotise pour ouvrir son night-club, le « Feu Vert », et ne plus dépendre du bon vouloir des programmateurs. Elle construit ensuite un théâtre, monte son propre label (Cosept) ainsi qu’un plan d’assurance qui protège chacun des musiciens.

Musicalement, l’ « Orchestre Septentrional » débutant se limite à reprendre, dans les fêtes champêtres, les succès locaux et latino-américains. Il interprète méringues et rythmes folkloriques haïtiens, remis préalablement au goût du jour par des orchestres comme le « Jazz des Jeunes ». Il s’inspire également des rythmes latinos à la mode : bolero, pachanga, merengue, mambo, ranchera, etc. A cette époque, la production musicale haïtienne est trop faible pour occuper continuellement les ondes. Les radios programment donc beaucoup de musiques latines. Leur influence est d’autant plus forte, dans le Nord du pays, que « Radio Progreso » de Cuba et « La voz dominicana » de Saint-Domingue y sont captées plus facilement que les stations de la capitale.

Dans ces conditions, l’« Orchestre Septentrional » résiste très bien, dans un premier temps, à la concurrence des « jazz » de Port-au-Prince et à l’avènement du « compas-direct ». Celui-ci surgit dans les années 50, à l'initiative des saxophonistes Nemours Jean-Baptiste et Webert Sicot qui, sous l'influence des musiques latines, proposent une version haïtienne, plus lente et simplifiée, du merengue dominicain. Avec les « mini jazz », il évolue plus tard en suivant la mode yéyé et rock & roll, et s'impose dans l’ensemble du pays, durant les années 60-70.

Pendant ce temps, « Septen » conquiert Port-au-Prince, et gagne le surnom de « la Boule de Feu d’Haïti ». Face à la concurrence, il crée aussi la nouveauté : il élabore son propre schéma rythmique, appelé lui aussi « boule de feu » ou « rythme de feu », caractérisé par le jeu simultané du tambour, de la batterie et de la contrebasse. C’est l’âge d’or de « Septen » : après le déclin des grands orchestres de Nemours Jean-Baptiste et de Webert Sicot, et l’exil de quelques autres, il occupe le devant de la scène et gagne toutes les classes sociales, dans l’ensemble du pays, où résonne sa section de cuivres souvent composée de trois sax et trois trompettes. Viennent ensuite les années noires, marquées par la disparition de plusieurs musiciens compositeurs et de Roger Colas, le chanteur-vedette qui a accompagné l’orchestre pendant plus de vingt ans. « Septen » entreprend alors de se rapprocher du konpa, devenu le courant musical économiquement et médiatiquement dominant.

Depuis lors, « l’Orchestre Septentrional », véritable institution de la musique haïtienne, continue de sillonner Haïti, au son des méringues, konpa, bolero et autres «rythmes de feu », reprenant ses innombrables succès, régulièrement augmentés de nouveaux titres.