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Le groupe « Boukman Eksperyans » est sans conteste un des groupes les plus représentatifs du mouvement rasin, qui prône un retour identitaire au versant africain des racines haïtiennes, actualisées parfois en version rock ou reggae.

Plus précisément, le groupe « Boukman Eksperyans » entend s’inscrire dans une lignée historique de rébellion. Il tient en effet son nom du prêtre-vaudou qui, en 1791, lors d’une cérémonie au Bois-Caïman, aurait uni les groupes d’esclaves rebelles dans un même élan religieux et lancé la grande insurrection qui allait déboucher sur la révolution anti-esclavagiste et indépendantiste. Le groupe s’inspire donc de cet épisode historique et de sa foi vaudou, pour mener une double révolution, autant sociale que musicale (la deuxième partie du nom faisant référence au «Jimmy Hendrix Experience»).

Musicalement, « Boukman Eksperyans » est parvenu à marier la guitare électrique et le synthétiseur aux tambours et au bambou, instruments caractéristiques des musiques haïtiennes traditionnelles. Sa palette de rythmes incorpore ainsi les différentes traditions musicales de la paysannerie haïtienne (rara, chanson paysanne, chants rituels du vaudou) qu’elle fusionne avec des sonorités rock, mais aussi reggae, soukouss, funk, R&B et, plus récemment, hip hop.

Les textes des chansons, politiquement engagés, portent le plus souvent sur la liberté politique, le nationalisme et la foi, comme l’annoncent les titres, programmatiques, des albums : Vodou Adjae, Libète, Revolution, Unification. En 1990, « Boukman Eksperyans » suscite l'engouement du public et remporte le prix de la meilleure méringue de Carnaval, avec « Kè M Pa Sote » (i.e. je n’ai pas peur), qui constitue un véritable défi aux militaires au pouvoir. Au lendemain du coup d'Etat de 1991 contre le président Jean-Bertrand Aristide, le groupe affronte pressions et censure : il est interdit de radio et sa participation au Carnaval 1992 lui est refusée, les chansons de Kalfou Danjere ayant été jugées "trop violentes". Exilé pour quelques mois en Jamaïque, il enregistre son troisième album, Libète (pran pou pran’l), dans les studios Tuff Gong de Bob Marley, retrouvant là une de ses premières sources d’inspiration.

De retour en Haïti, « Boukman Eksperyans » continue aujourd’hui de jouer et de dénoncer toutes les formes d’injustice sociale et d’oppression politique. Après vingt-cinq ans d’existence et sept albums à son actif, le groupe se maintient à la tête du mouvement rasin. Bien accueilli par les nouvelles générations, il a été invité par le groupe haitiano-américain « The Fugees » à enregistrer l’album Revolution dans ses studios du New Jersey.

« Boukman Eksperyans » est aussi l’un des groupes musicaux haïtiens les plus remarqués sur la scène internationale, où il a fait entrer les rythmes vaudou. L’album Vodou Adjae, honoré de quatre étoiles dans le magazine Rolling Stone, a été nominé au Grammy Awards en 1991. C’est à cette époque également que le groupe réalise quelques prestations en France dans le cadre des « Escales » de Saint-Nazaire ou encore des « Transmusicales » de Rennes. En 2002, « Boukman Eksperyans » a été nommé Ambassadeur des Nations Unies pour la Paix et le Développement.