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La musique traditionnelle haïtienne, constituée en majeure partie à partir de l’héritage africain, est surtout présente dans les zones rurales, où elle est interprétée par des musiciens amateurs regroupés autour des temples vodou. Néanmoins, depuis une vingtaine d’années, avec le mouvement rasin, qui prône un retour aux racines haïtiennes et à leur versant africain, elle est aussi présente sur scène grâce à des groupes professionnels, dont le plus populaire est sans doute actuellement le groupe « Racine Mapou de Azor».

Le groupe « Racine Mapou de Azor » est dirigé par Lénord Fortuné « Azor », chanteur et tambourineur qui a appartenu à de nombreuses formations, de konpa (dont SS One et Scorpio) ou de folklore (troupe Bakoulou), avant de faire partie du groupe « Racine Kanga de Wawa ». Durant les années 90, celui-ci, mené par Jacques Maurice « Wawa » Fortéré, a entrepris de porter à la scène les rythmes vodou, sans arrangements majeurs, dans une version qualifiée de rasin sèch (alors que l’autre tendance des musiques rasin adopte volontiers les rythmes du rock et leur instrumentation). De cette manière, la musique vodou – dont l’exécution publique avait été longtemps pénalisée –  a commencé à sortir de sa marginalisation et à se faire entendre dans l’ensemble du pays, en bénéficiant des moyens modernes de diffusion (disque, radio, télévision). Elle a peut-être gagné par là une forme de reconnaissance : les formations rasin participent désormais au Carnaval de Port-au-Prince où elles défilent fièrement comme un élément à part entière de la scène musicale haïtienne. D’autre part, avec le succès du groupe « Racine Mapou de Azor », ce sont aussi les acteurs de ces musiques qui commencent à occuper la scène.

En effet, les membres du groupe se déclarent tous être des vodouisants pratiquants et s’inscrivent explicitement dans la tradition et l’univers symbolique vodou, auquel le nom du groupe fait référence. Ils aspirent à maintenir le contact avec les racines de la tradition et du sacré, à l’image du mapou, arbre sacré du vodou aux racines imposantes, réputé héberger des esprits.

Musicalement, avec chants et percussions, tambours basses et congas, le groupe « Racine Mapou de Azor » interprète principalement le répertoire petro auquel il mêle des morceaux de sa composition. Marquée par le battement inlassable des tambours - soutenus par une boîte à rythme, la voix puissante d’Azor, au timbre caractéristique des prêtres-vodou, secondée par un chœur de femmes, célèbre les lwa vodou, chante l’attachement aux racines ou commente les épisodes de la vie politique et artistique.

Après seize ans d'existence, plus de sept disques enregistrés, plusieurs tournées à l'étranger (dont neuf voyages au Japon) et un film documentaire (Haïti, cœur battant de Carl Lafontant), le groupe « Racine Mapou de Azor » réussit le pari de conserver l'authenticité de la musique traditionnelle, tout en recourant aux moyens modernes de diffusion, qui permettent de l’inscrire sur la scène musicale professionnelle d’Haïti, et de rivaliser avec les musiques qui occupent d’ordinaire l’actualité.